L’auteur drwilly

  » Je suppose que venir au monde, c’est un emprisonnement à vie, jusqu’à un certain point. Il faut peut-être avoir connu ce qu’est l’emprisonnement pour pouvoir en parler, je ne le sais pas. Chose certaine, c’est qu’on est pogné dans une cage, que ce soit une cage sociale, une cage thoracique, une cage céphalique, une prison, une cage matrimoniale, ou que ce soit notre propre doute. Qu’on le veuille ou non, de temps en temps, on pogne les barreaux, on regarde à travers et on se pose des questions. À quoi ça sert de vivre ? À quoi ça sert d’être là ? À quoi ça sert de mettre au monde des êtres qui vont revivre les mêmes angoisses ? «  

Plume Latraverse  

 

Less Cages 

 Ca a commencé à la naissance. Je me suis retrouvé dans la même cage que mes parents. Il n’était pas interdit de me nourrir. Et au début il y avait les biberons et ensuite les friandises. Et puis les bisous et les compliments : « Mon cher petit agneau ». Et puis les trucs à montrer, les numéros de singe savant: met le disque sur le plateau, joue moi « frère Jacques » au piano. Et j’étais fier car les spectateurs appréciaient.  Mais un jour il a fallu changer de cage. Je me suis retrouvé seul dans une foule d’enfants. Les souvenirs qui m’en restent sont la mauvaise nourriture, la visite de saint Nicolas, la première neige, et la culotte que j’ai salie en classe, trop occupé à dessiner.En été j’ai le souvenir d’une petite fille qui me montrait ce qu’il fallait faire dans une église. On ne pouvait pas s’asseoir sur la chaise, mais il fallait mettre les genoux sur la chaise. Et puis en rentrant et en sortant de l’église il fallait plier les genoux. Je faisais comme la petite fille car je ne voyais pas pourquoi s’abaisser plutôt ici que là. Malgré mes 4 ans je réalisais que j’étais un intrus dans une cage qui n’était pas la mienne. Et puis soudain une autre cage. Ici les enfants se mettaient en rang le matin et récitaient une litanie dans une langue que je ne connaissais pas. Heureusement de temps en temps ils appuyaient les mots avec des gestes qui faisaient rire. Les phrases qui se terminaient en bi! étaient appuyés par le pointement du doigt, et les phrases qui se terminaient par bom! s’appuyaient par le brandissement d’un poing. Et puis il fallait se cacher les yeux, de temps en temps on risquait un œil pour voir, mais il ne se passait rien. Ce n’est que des années plus tard que j’ai su que je récitais le credo « Ecoute Israël l’éternel notre Dieu, l’éternel n’est qu’un ».     L’apprentissage de la clandestinité se fait très tôt. A l’école on nous obligeait à porter un vêtement avec des franges, une calotte, et il était interdit de manger des frites ou de rouler en voiture le samedi. Malheur à celui qui avait été vu en voiture le samedi, ou en train de manger des frites à la foire du coin. Les punitions étaient sévères et variaient du coup de règle sur les doigts à la mise au coin bras en l’air pendant une heure. Il était donc important pour ceux qui n’étaient pas religieux orthodoxes de ne pas se montrer à ses camarades de classe. Je n’ai jamais compris pourquoi mes parents, qui n’étaient pas du tout religieux, m’avaient envoyé dans une école orthodoxe. Je fais encore toujours partie de cette cage. Même aujourd’hui je ressens cet étrange malaise, ce besoin de me cacher, quand je pénètre une synagogue ou un quartier habité par des juifs religieux.  Pour mon entourage il était impératif de suivre les préceptes religieux à la lettre. Ca ne se discutait même pas. J’imitais simplement les autres enfants de mon age. Porter une calotte était comme porter une culotte. Perdre sa calotte était pareil à perdre sa culotte.  Mais un événement a changé la relation que j’avais par rapport à cette ambiance. Je souffrais des bronches et j’ai du passer 6 mois en Suisse dans un centre climatique. Cette cassure m’a fait vivre pendant 6 mois dans une cage différente. Soudain les préceptes étaient tout à fait différents. Plus de prières journalières, plus de calotte. Les accents étaient différents. C’était la discipline hygiénique Suisse, sieste obligatoire, rangement systématique, calligraphie et orthographe rigoureuse. Opposé à cela les joies de la neige et de la montagne.  Mais la première cage était encore toujours présente. Les préparatifs de Noël me dérangeaient malgré mes 7 ans. Le sapin de Noël et le divin enfant n’appartenaient pas à ma cage. Comme dans ma deuxième cage je me contentais d’imiter les autres et de faire semblant de chanter.   Le retour à la cage départ n’était pas évidente. Je me suis retrouvé en classe de rattrapage pour religion. La motivation pour les cours de religion n’était franchement pas grande. Heureusement le prof était génial. C’est lui qui m’a pour la première fois situé Israël, nous a raconté des histoires mettant sur le même pied Robinson Crusoë et les héros des histoires ‘hassidiques.  C’est lui qui m’a donné ma plus grande leçon morale de ma vie: « une bonne action est toujours récompensée », philosophie illustrée par des dizaines d’histoires ‘hassidiques et laïques. La bonne action peut germer pendant des années sans récompense, mais le jour ou on s’y attend le moins, le souvenir de la bonne action éclôt.  A peine plus ou moins adapté à la cage je me retrouve dans une autre cage. Mes parents sur le point de divorcer je me retrouve au pensionnat. L’horreur, le seul geste d’amour reçu de mon père était la bouteille qu’il m’avait confié pour la cuillère journalière d’huile de foie de morue… Sans famille et sans amis il est difficile de se sentir heureux. J’avais débarqué sur une autre planète. Le programme scolaire appartenait à une autre cage. J’apprenais qui était Saint Martin, ce que faisait le laboureur. Et le soir au dortoir la solitude pesait.      Et rebelotte, retour à la cage départ. Cette fois-ci j’ai eu droit aux encouragements des professeurs qui montraient de la compréhension. La réconciliation des parents a sauvé les meubles, et c’est avec entrain que j’ai entamé l’athénée, école laïque et pluraliste. Ici les deux cages cohabitaient. Je profitais de la tolérance pour les jours de fêtes juives, ce qui me permettait d’avoir deux fois plus de jours de congés. Par contre le travail de rattrapage était fastidieux. Les liens de sympathie s’organisaient. Et c’est là que j’ai découvert une autre cage, les immigrés.  Quand je fréquentais l’athénée les immigrés ne s’appelaient pas encore Mohammed, Rachid ou Slimane, mais Marco, Enzo, Jean-Paul, Ivan ou Bjorn. Pour des raisons qui m’échappent la relation était tout de suite chaleureuse avec les Marco et les Jean-Paul et détestable avec les Vladimir et les Bjorn. Les premiers s’arrangeaient pour nous garder leurs notes, les deuxièmes profitaient de notre absence pour raconter des âneries qu’ils avaient entendu chez eux, du genre « c’est dommage que les chambres à gaz n’ont pas fonctionné jusqu’au bout… » La cage cléricale était assez amorphe, ne prenant pas position, mais très curieuse quand à toutes les traditions juives.  Ce qui me chiffonnait, c’est qu’en classe de religion Catholique on parlait de Palestine, et qu’en classe de religion juive on parlait d’Israël… Jusqu’à 16 ans, (fidèle à ma cage départ) je me suis soumis à la tradition religieuse juive. Je fréquentais une organisation juive religieuse, j’allais prier tous les matins. Et puis la réflexion et la révolte de l’adolescence.  Pourquoi la calotte? Une obligation discriminatoire médiévale élevé au rang de religion! Pourquoi l’interdiction de toucher les filles, elles qui me fascinaient? Pourquoi devoir connaître toutes les prières pour évoluer dans le mouvement de jeunesse religieux ? J’ai changé de cage et rejoint un mouvement laïc nationaliste juif.Aujourd’hui on a tendance à assimiler les nationalistes aux religieux, mais à l’époque le mouvement nationaliste était laïc. J’ai jeté ma calotte, appris des airs contestataires à la guitare, et connu mes premiers amours. Mais cette cage était mal vue, la société bien pensante n’acceptait pas un mouvement qui donnait comme idéal à ses jeunes, la fierté d’être juif, l’honneur d’être juif, et le refus de vendre son âme. Ce mouvement voyait l’attachement historique et culturel inaliénable du peuple juif à sa terre. Attachement scellé par le document historique le plus publié au monde: la bible. Tout le monde qui a lu la bible sait que la terre d’Israël a été promise par Dieu au peuple d’Israël. Que l’on croie ou ne croie pas en Dieu ne change rien à la réalité. Les juifs on vécu depuis plus de 3000 ans en terre d’Israël. Qu’ils se soient fait massacrer par Titus par centaines de milliers comme nous le raconte Flavius Josèphe, ou par Godefroid de Bouillon comme nous le racontent les chroniques médiévales, ou par la révolte Arabe comme nous le raconte le Jerusalem Post de 1929. L’histoire reste la même. Les juifs se sont fait massacrer chez eux. Pourquoi?  Les chrétiens considèrent le livre « l’histoire des juifs » de Flavius Josèphe avec la chute de Jérusalem comme le châtiment du rejet du messie, alors que l’histoire montre bien que la cause du massacre des centaines de milliers de juifs pendus à des croix tout le long de la route de Jérusalem à Jaffa résidait dans la discorde de ses dirigeants face à l’envahisseur Romain.     Et 2000 ans plus tard le leader du mouvement nationaliste juif, Mena’hem Begin, est sabordé en rade de Tel-Aviv par celui qui a pris la décision historique de déclarer l’indépendance d’Israël dans des frontières d’armistice. Oser montrer l’attachement aux tombes de ses ancêtres en affirmant que malgré l’indépendance d’Israël dans les frontières du cesser le feu de 1948 les deux rives du Jourdain sont terre juive est traité de fascisme. Montrer des signes de fierté en étant toujours bien soigné en opposition avec l’image révolutionnaire du kibboutznik mal soigné est traité de snobisme. Montrer des signes d’honneur en ne se laissant pas acheter et refuser les dédommagements Allemands est traité de bêtise. C’est dans cette ambiance que j’ai rejoint cette cage qui allait se faire rattraper par l’histoire. En effet la guerre des 6 jours du 5 juin 1967 allait réhabiliter cette vue historique. Le refus de cette vue en 1967 à causé un problème de vide juridique de 30 ans pour les habitants de Cisjordanie. Aujourd’hui encore le risque de  discorde politicienne met en danger l’état d’Israël, phare et référence pour tous les juifs du monde. Et puis une nouvelle cage. La cage rationnelle de l’étude scientifique. Toute idée doit être basée sur des observations objectives reproductibles. C’est avec enthousiasme que cette façon de penser m’a ouvert les portes à un monde ou chaque fait peut être expliqué de façon rationnelle. La connaissance ainsi que les armes que donnent ces connaissances diminuant les angoisses de la vie d’une façon extraordinaire. Bien entendu au départ, quand les connaissances ne sont pas encore confrontées à la réalité, le manque de perspective et d’échelle de mesure par rapport à la réalité provoque des angoisses bien vite rattrapées par les faits confinés à leurs justes proportions. Malgré le niveau du monde scientifique surmontant les angoisses irrationnelles, toutes les cages restent présentes. Cela ne se traduit pas de façon irrationnelle, mais bien plus grave, d’une soit disant façon rationnelle. Les cages familiales, sociales, religieuses, scolaires, nationales pèseront sur le marché du travail et quel que soit le niveau de démocratie, la décision d’embauche est le plus souvent basée sur des critères irrationnels.  Ces critères irrationnels seront masqués par des conditions objectives pareilles pour tout le monde.  Une blague illustrant ce propos est la question autour d’un thème identique à l’embauche d’un blanc et d’un noir aux Etats-Unis. Au blanc le préposé à l’embauche demande :  – Quel navire fût coulé par un iceberg ?…Le Titanic !Bien.Se tournant vers le noir il demande alors :  – Et combien de personnes périrent sur ce bâteau ?…          C’est ainsi que je suis confiné aujourd’hui à ma cage familiale avec une femme adorable issue de la même cage sociale que moi. La boucle est bouclée. Mais autour de la cage ou du cocon comme on dit aujourd’hui les choses continuent à bouger. Confronté aux décisions à prendre dans mon métier, aux problèmes familiaux et sociaux de mon entourage j’essaie de rester fidèle à mes origines tout en trouvant des solutions adaptées à notre temps.   Voici quelques réflexions concernant les valeurs essentielles du Judaïsme telles que mon expérience assez écclectique de la vie m’a fait percevoir avec les connaissances d’aujourd’hui et l’ouverture d’esprit nécessaire afin de pouvoir faire le tri entre les mythes et les réalités:     

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Publié on septembre 19, 2006 at 10:16  Laisser un commentaire  

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